Pourquoi peindre des madones ?
Pourquoi peindre encore des Madones ? L ’art Byzantin et l’art Renaissant regorgent de madones et expriment une religiosité qui correspondait aux époques concernées. Les temps ont changé. Le clergé n’est plus mécène et la foi n’est plus ce qu’elle était. Les madones sont devenues des curiosités de musées ou d’églises désertées. Quelle étrange nostalgie me saisit lorsque je me lançai à contre-effet de mode dans une série de toiles prenant pour unique objet la représentation de la vierge et l’enfant. Coup de folie ? Conversion mystique brutale ? Rien de tout cela me semble-t-il. Ma découverte des portraits égyptiens du Fayoum qui ont tant inspiré l’art des icônes fut un premier révélateur. C’est à la fin du XIX e siècle qu’on exhume des nécropoles ensablées de l’Egypte ces images peintes sur bois et toiles. Ce sont des effigies arrachées aux ténèbres, des voyageurs d’éternité. Ces figures hiératiques de l’époque ptolémaïque portent sur nous de sévères regards, marque évidente du sacré. Alors que j’ignorais l’existence de ces oeuvres, j’avais déjà peint des “portraits hispaniques”, mais ils ne firent l’objet que d’une seule exposition, il y a bien longtemps, dans une galerie nîmoise. Voilà que les vieux démons me reprenaient. J’étais de plus en plus sensible à l’iconographie et c’est, bien sûr, dans la peinture italienne que je trouvais le plus d’inspiration. Ce fut surtout à la pinacothèque de Sienne que tout se déclencha. Je n’avais certes pas la prétention d’imiter ou d’égaler les oeuvres exposées mais, je ne sais par quelle certitude intérieure, il me fallait désormais, moi aussi, peindre des madones même si les goûts du temps ne se prêtaient guère au genre. Je traitais selon ma fantaisie les informations que je récoltais. |
