Pourquoi peindre des madones ?
Par exemple en ce qui concerne l’usage des procédés et des couleurs ; L’utilisation des ors et de rouges qui étaient fréquemment à l’honneur dans l’iconographie byzantine, le surlignement des contours avec de larges traits noircis, charbonneux, qui surtout dramatisent le pathétique des visages dans les portraits du Fayoum, l’usage de la vedduta qui ouvre la perspective en profondeur sur un paysage lointain dans la période du Quattrocento... Je trouvais aussi que les auréoles qui encadrent le visage sont un chapeau de clarté qui le met en valeur. Je les transformais quelquefois en éventails d’allure japonaise, ce qui donnait à la toile un étrange petit air d’estampe. Je conservais aussi le mode opératoire que j’avais adopté pour mes paysages, à savoir l’usage modéré du “couteau” et le brossage, frottis et raclage de certaines partie du tableau, refusant ainsi la facture traditionnelle du “léché”. Contemplant dans les musées les tableaux des maîtres, je réalisais de nombreuses esquisses, des dessins à la mine de plomb, sanguines et aquarelles. Ma première découverte fut celle de l’extraordinaire diversité des poses, des attitudes. Je voyais dans chaque toile l’heureuse solution à des problèmes délicats d’architecture. La composition est sans doute l’affaire essentielle du peintre, celle qu’il lui faut régler avant toutes choses. On peut entendre par composition la répartition plus ou moins harmonieuse des volumes et des surfaces dans l’espace de la toile. De manière plus générale, elle est la recherche d’un équilibre à trouver entre des éléments, des sensations diverses. Il s’agit en quelque sorte de pacifier le chaos que ne manque pas de produire le fait de jeter dans un même espace clos des éléments a priori hétérogènes. Trouver une harmonie d’ensemble n’est pas chose facile. Mesurez l’embarras de celui qui doit composer un bouquet ; chaque fleur doit être posée à une place qui la valorise dans la configuration de l’ensemble. Le fleuriste exerce son art et son goût ; il joue sur les couleurs et les formes, les contrastes et les affinités. Il y a mille et une manière de composer. Il me fallait faire des choix entre des types de compositions fermées comme on le voit dans les vierges de tendresse où la mère et l’enfant sont enlacés dans une “bulle” protectrice et des compositions ouvertes, éclatées et dynamiques qu’illustraient à merveille les grandes oeuvres du Baroque. |
